Pergolesi per l’estate

Version que rendent unique l’enregistrement d’œuvres inédites et l’interprétation relevée des ensembles britanniques Choir of New College, Oxford et Academy of Ancient Music sous la baguette d’Edward Higginbottom. Double CD disponible sur internet dès 14,70€.
Qui peut méconnaître le fameux Stabat Mater de Giovanni-Battista Pergolesi (1710 - † 1736) dont on entend régulièrement des extraits à la radio où l’on nous présente, en "nouveauté", la 65ème interprétation discographique ? Et en vérité, il faut bien admettre que cette œuvre se range légitimement dans le catalogue intemporel du génie musical de l’humanité aux côtés du Requiem de Mozart et du Gloria de Vivaldi. Mais, à trop s’émerveiller du bouquet final d’un feu d’artifices, on en oublie souvent les jets tout aussi éblouissants qui ont précédé. Tel est ce Stabat Mater que notre jeune compositeur écrivit, malade, au lendemain de son 26ème anniversaire, juste avant de mourir. Et depuis, tous ces autres éclats du génie qui l’a habité dès le début de sa vocation musicale sont occultés, délaissés, inconnus.
Quel dommage en effet de ne point admirer, aussi, les couleurs de l’expressivité mélodique des airs et les différentes textures de la technique fuguée et polyphonique des chœurs, qui font de ses psaumes, hymnes, antiennes et répons, réunis dans ce coffret, de véritables petits tableaux spirituels aussi captivants que peut l’être à jamais son œuvre majeure et testamentaire ! Cette reconstitution intitulée "Marian Vespers" est malheureusement factice puisque l’occasion pour laquelle Pergolesi a composé un répons et deux psaumes pour des Ières Vêpres fut la solennité, instituée à Naples le 31 décembre 1732 pour la première fois et à perpétuité, en l’honneur de Saint Emidius pour qu’il protégeât dorénavant la ville des séismes qui venaient de la ravager.
Deux brèves et profondes sonates d’église pour violon ou violoncelle remplacent les antiennes en plain-chant comme cela a été d’usage au XVIIIème siècle ; deux trompettes sonnantes rehaussent un triomphant Laudate pueri composé ultérieurement – le « Gloria Patri » final est absolument renversant, non par le foisonnement instrumental et choral que l’on pourrait attendre habituellement pour ce verset, mais au contraire par la douceur d’une seule ligne mélodique de violons qui donne l’impression du silence dans lequel s’élève la voix unique d’une âme qui loue son Dieu ; les syncopes répétitives des cordes soutiennent incroyablement la voix soprano lancée en une dramatique aria pour l’hymne Lucis Creator des vêpres du dimanche ; une vibrante musique de cantate inachevée est réutilisée pour un brillant Magnificat idéalement équilibré dans l’inventivité mélodique des parties solistes et dans le contrepoint harmonique des chœurs ; puis un étrange et lancinant Salve Regina pousse de lents accents sans fioritures comme en une intense supplique, prière sincère écrite également au terme d’une trop courte vie terrestre ; tout cela complète alors très heureusement les œuvres de 1732 pleines de la vigueur d’un jeune prodige pour composer ainsi, en l’un des plus beaux offices qui soit de la liturgie catholique, un tableau saisissant et génial d’une brève mais intense existence musicale, de ses balbutiements à sa fin dernière.
Pourquoi des vêpres pour l’été ? Peut-être afin de susciter le goût de redécouvrir l’une des plus belles prières officielles de l’Eglise en une période où le temps nous est donné de saisir l’occasion qui est parfois présentée dans notre lieu de villégiature estivale d’assister aux vêpres du dimanche "comme au bon vieux temps". Mais aussi, simplement, afin que ce sacrificium vespertinum, ce sacrifice du soir, que l’on récitera en esprit et qui animera notre cœur pour peu que l’on veuille bien écouter attentivement cette offrande musicale sublime sous la plume de Pergolesi, nous retienne de mettre en vacances Celui qui n’en prend jamais à cause du souci constant qu’Il a de venir à notre aide et de nous aimer toujours.
