Editorial

Le Sacré-Cœur de Jésus

 

Notre-Seigneur possède un Cœur parfait. Nous appelons ce Cœur Sacré et le mois de juin, qui vient de commencer, lui est consacré. Le Cœur Sacré est une image pour l’humanité du Sauveur. Celle-là est liée hypostatiquement, c’est-à-dire dans la Personne unique du Verbe de Dieu, à sa divinité, et elle en est l’instrument : ce que le Fils de Dieu a accompli sur la terre, il l’a fait à travers son humanité. Cette vérité est continue dans l’expression par laquelle nous désignons notre sainte religion comme « la religion de l’Incarnation » : Dieu s’est révélé à nous en prenant notre chair humaine, il nous a montré son Cœur. « Dieu, personne ne le vit jamais ; le Fils unique, qui est dans le sein du Père, c’est lui qui l’a fait connaître », disait saint Jean (Jn 1, 18). Le même apôtre, celui que Jésus aimait, connaissait ce Cœur : quand, pendant la dernière Cène, sa tête reposait sur la poitrine du Sauveur, il entendait, venant du Cœur, les battements de la Vie et de l’Amour qui a créé l’univers entier, « l’amor che move il sole e l’altre stelle », comme écrivait Dante tout à la fin de sa Divine Comédie. Dans le Cœur de Jésus brûle un feu d’amour, l’amour de la Personne du Verbe envers le Père, et ensuite celui de la Divinité envers nous. Comme preuve de cette amour pour nous, Jésus a permis que son Cœur soit percé par une lance, et la Tradition nous dit que le centurion qui l’a fait et vu s’est converti sur le champ.

Le Christ est l’homme parfait. Et comme son Cœur est parfait, toutes les vertus qu’un homme puisse posséder y brillent d’une lueur éclatante. Son humilité et sa douceur, vertus qu’il nous demande d’imiter, y ont leur siège. Ce que nous appelons sa personnalité profonde, son noble caractère, également. Le Christ, a-t-il le sens de l’humour ? Sans aucun doute, et le meilleur humour qu’on puisse avoir ! Homme parfait, il est parfaitement équilibré : son tempérament ne connaît aucune imperfection, aucun décalage, tout est parfaitement en ordre dans ce Cœur. Des gens déséquilibrés considèrent comme drôles des choses qui ne le sont pas vraiment. Des fanatiques, par définition, ne peuvent pas avoir de véritable humour, car celui-ci est, selon le dictionnaire Larousse, une « forme d’esprit qui s’attache à souligner le caractère absurde ou insolite de certains aspects de la réalité ». Pour le percevoir, il faut être bien équilibré. Dans les discours de Notre-Seigneur avec ses disciples, qui parfois sont un peu lents à comprendre ce que le Maître veut leur enseigner, on ressent un sens de l’humour très fin, doux et ne blessant jamais. Une certaine hilarité de Cœur qui est édifiante et qui n’humilie pas ses auditeurs mais peut les rendre humble. Les pharisiens se prenaient trop au sérieux, et probablement rigolaient peu. Contre cela, « un cœur joyeux est un excellent remède », disait le roi Salomon (Prov 17, 22).

Un cœur joyeux est aussi un excellent remède contre le découragement, arme fatale du Malin, qui veut implanter en nous le désespoir et la détresse. Découragement veut dire littéralement « enlever le cœur ». Quand le Christ nous encourage, il nous donne de son Cœur : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ; je ne la donne pas comme la donne le monde. Que votre cœur ne se trouble point et ne s’effraye point. » (Jn 14, 27) Un grand maître de l’encouragement dans ce sens est saint François de Sales. Celui-ci écrit, dans son Introduction à la Vie dévote, au chapitre 5 : « Ceci est bien doux : ce Cœur amiable de mon Dieu pensait en Philothée, l’aimait et lui procurait mille moyens de salut, autant comme s’il n’eût point eu d’autre âme au monde en qui il eût pensé […]. Ceci, Philothée, doit être gravé en votre âme, pour bien chérir et nourrir votre résolution qui a été si précieuse au Cœur du Sauveur. » Le Docteur de l’Amour écrivait cela dans une époque dans laquelle les calvinistes enseignaient la doctrine désespérante de la double prédestination, selon laquelle Dieu avait choisi certaines âmes pour les damner dans l’enfer, malgré eux. En réalité par contre, Dieu veut notre salut, et dans son Cœur, une place spéciale est réservée pour chacun de nous, et cela depuis toute éternité. Touché par l’amour de ce Cœur, disons donc joyeusement avec saint Paul : « C’est pourquoi nous ne perdons pas courage ; au contraire, alors même que notre homme extérieur dépérit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » (2 Cor 4, 16)

En 2000, le futur pape Benoît XVI écrivait, après avoir visité Sœur Lucie : « Dans ce monde, le Malin est au pouvoir, et nous le constatons continuellement ; il a ce pouvoir car notre liberté se laisse sans cesse détourner de Dieu. Mais depuis que Dieu lui-même a pris un Cœur humain et a ainsi orienté la liberté humaine vers le bien, la liberté de choisir le mal n’a plus le dernier mot. » C’est ce même Cœur Sacré, ce Cœur parfait, si plein d’amour pour nous, que nous allons méditer, prier et adorer pendant ce mois.

Courage !

Chanoine Mahlberg