Requiem aeternam.

(Harmonia Mundi, dès 11,00 € sur internet)
Sentence qui fait frémir les vivants ou les agités que nous sommes après une rentrée toute d’effervescence. Sentence toute de tristesse aussi quand nous nous souviendrons de nos défunts ce 2 novembre prochain. Sentence néanmoins de paix et même de joie, joie de la jouissance promise du séjour bienheureux des âmes saintes que nous aurons fêtées la veille, paix que Dieu donne "aux hommes de bonne volonté" – ceux qui se reposent en vérité, en toute confiance, avec dévouement et amour en Lui seul. Quelle douce consolation alors quand la liturgie de ce jour de mémoire est rehaussée d’une musique sacrée qui exprime pleinement, à la fois la crainte de l’humble pénitent et l’espérance du co-héritier du Christ.
Aujourd’hui, évidemment, faute de moyens instrumentaux ou choraux, nous n’entendons plus en nos églises ces harmonies propres à soutenir la prière de l’Eglise, hormis le plain-chant, la polyphonie a cappella ou l’orgue, ce qui est déjà beaucoup. Pourtant, la modernité des moyens de diffusion des œuvres orchestrales nous permet maintenant d’accéder à un fonds musical toujours plus vaste et diversifié. Reste alors à y puiser les chefs-d’œuvre véritablement chrétiens dans le sens qui vient d’être souligné et de se laisser "élever" par une écoute attentive des mots dont la signification est magnifiée, dont la portée est sublimée. Et c’est ce qui vous est proposé maintenant.
Milan, 1757. Successivement au printemps puis au cours de l’été, les compositions sacrées d’un jeune musicien étranger qui n’a pas encore 22 ans et qui vient de se convertir à la foi catholique suscitent l’admiration de tous. Cela consacre aussi un drame personnel : la rupture définitive avec sa patrie allemande et sa famille luthérienne. Après un peu moins de deux années passées en étude dans l’art de la composition auprès du grand maître bolognais de l’époque, le Padre Giovanni-Battista Martini (1706 – †1784), le dernier rejeton d’une lignée d’éminents compositeurs dont la renommée est solidement établie dans toutes les cours allemandes cherche à n’en point démériter au sein même de la nation italienne considérée comme le berceau de la musique. Et Johann-Christian Bach (1735 – †1782) y parvient brillamment. L’orchestration magistrale d’une partie de la messe des morts – introït, kyrie et séquence – ainsi que la mise en musique solennelle du psaume de pénitence Miserere mei Deus donnent toute la mesure d’un héritage paternel indéniable, d’un savant apprentissage maîtrisé et d’un génie propre qui éclot.
En vérité, il s’agit moins d’œuvres liturgiques à proprement parler que de compositions religieuses, tant le traitement mélodique, l’architecture harmonique ou l’accentuation rythmique de certains versets se révèlent être typiques de l’opéra ! Néanmoins, il semble bien que, dès l’origine, ce fut ainsi que ces créations eurent leurs premières auditions publiques, ce qui expliquerait aussi le caractère tronqué d’une messe des morts incomplète. Mais la valeur intrinsèque de cette musique réside vraiment dans ce qu’elle exprime hautement le texte qu’elle accompagne.
Il n’est qu’à relever la polyphonie à sept voix de l’introït savamment édifié sur le thème initial du rite ambrosien entonné par les basses ou l’usage ancien de la technique du contrepoint à huit voix dans le Kyrie pour être assuré de l’habileté du compositeur dans le traitement musical traditionnel. La séquence est alors découpée en douze parties, le psaume l’est en neuf ; et le schéma est identique : quatre mouvements choraux à huit voix encadrant puissamment une série d’arias, duos ou terzetto pour lesquels le jeune compositeur laisse libre cours à sa riche inventivité mélodique dont la fougue – tel le captivant "Libera me" du Miserere – ou la suavité vous transportent de l’espérance la plus prenante à la plus grande humilité.
Plus qu’un disque à écouter, une musique à vivre.
