Temps de Noël
altAvec l’Epiphanie et les dimanches qui suivent et se dénombrent d’après cette fête, c’est le temps de Noël qui est prolongé durant le mois de janvier. Réjouissons encore nos cœurs avec la musique écrite exclusivement pour ce doux mystère du Dieu grand fait petit homme. Déjà sur le disque du mois précédent nous entendions quelques-uns de ces Noëls qui résonnent toujours dans nos églises sans qu’on s’en puisse lasser.
 

Embellir et varier ces mélodies ...

destinées à la liturgie de l’Eglise, souvent de façon improvisée, était la tâche parfois ardue des titulaires des orgues des grandes paroisses ou cathédrales de France, d’Allemagne … Et combien était tentant le désir de plaire à l’auditoire en les agrémentant de nouveautés entendues à l’opéra ou dans les salons à la mode ; alors l’esprit flatté du mondain rendait hommage au virtuose quand seulement l’âme ravie du chrétien devait s’élever avec la prière mélodieuse de l’art musical sacré vers Dieu son unique objet.

 
A ce propos, le plus grand compositeur français du XVIIIème siècle, Jean-Philippe Rameau (†1764), alors au faîte de sa carrière et au terme de sa vie, disait au plus célèbre organiste de Paris Claude-Bénigne Balbastre sur un ton à la fois profond pour encenser un concurrent et à la fois badin pour ridiculiser son interlocuteur à qui l’archevêque de Paris venait d’interdire d’improviser ses Noëls à cause des bousculades provoquées par la foule qui se pressait à Notre-Dame pour l’entendre : « La musique se perd ; on change de goût à tout moment. Je ne saurois plus comment m’y prendre moi-même, s’il me falloit travailler comme par le passé. Il n’y a que d’Aquin qui ait eu le courage de résister au torrent. Il a toujours conservé à l’orgue la majesté et les grâces qui lui conviennent. Il ne tiendroit cependant qu’à lui de broder des ariettes, puisqu’il brode les Noëls d’une façon inimitable. Il pourroit faire toutes sortes de folies ; il ne les fait pas, et c’est en quoi je l’admire. » (rapporté dans Le Journal des Beaux-Arts et des Sciences, Paris juin 1773).
N’entendons plus d’autres arguments, écoutons les inimitables Noëls de Louis-Claude Daquin (1694 - †1772), alors organiste de la Chapelle Royale et de Notre-Dame de Paris quand il les publia en 1757.