Editorial

Mot du Chanoine : avril 2021

 

Dans ces temps incertains, au milieu d’une pandémie, j’entends fréquemment la question si nous ne vivions pas à la fin des temps. Cette question n’est pas nouvelle, mais a été posée pendant toutes les crises, c’est à dire en chaque siècle de l’histoire de l’homme. Je ne connais pas la réponse à la question, car la connaissance de l’avenir ne fait pas partie des grâces d’état du prêtre. Le Seigneur nous a dit à tous : « Veillez donc, parce que vous ne savez pas quel jour votre Maître va venir » (Mt 24, 42). Nous devons attendre patiemment, en évitant toute anxiété. Saint François de Sales est un grand maître de cela, et, face à l’avenir incertain, nous pouvons nous inspirer de sa recommandation de la sainte simplicité, qu’il donnait à Mademoiselle de Sulfour : « Regardez devant vous et ne regardez pas à ces dangers que vous voyez de loin. Il vous semble que ce soient des armées : ce ne sont que des saules ébranchés, et cependant que vous regardez là, vous pourriez faire quelque mauvais pas … Pensons seulement à bien faire aujourd’hui, et quand le jour de demain sera arrivé, il s’appellera aussi aujourd’hui, et lors nous y penserons. Il faut encore en cet endroit avoir une grande confiance et résignation en la Providence de Dieu » (lettre du 22 juillet 1603).

La résignation et la confiance en la Providence de Dieu est le secret. « Stat Crux dum volvitur orbis », c’est la devise des chartreux. La Croix reste toujours, solidement, pendant que le monde tourne. Notre monde semble tourner vertigineusement vite de nos jours, de sorte qu’on se demande parfois, après tellement de changements imposés à la vie quotidienne des gens, où l’on vit. Mais, le saint catholique, tout en étant dans le monde sans être du monde, ne vit jamais exclusivement dans ce bas-monde. En esprit, il habite déjà dans un autre monde, celui de Dieu et des saints. Quand il assiste à la sainte liturgie, quand il médite la vie du Sauveur et participe dans ses mystères, il rentre dans un monde de lumière. « Lumen Christi » chantait le diacre à la vigile pascale, quand il portait le feu pascal dans l’église sombre. Quelle image éloquente ! La lumière de Dieu, la lumière de notre Foi illumine les ténèbres de notre monde, les ténèbres de notre intelligence. Au milieu de tant d’inquiétudes mondaines, élevons notre regard en haut, vers le Ciel, vers Dieu. La sainte liturgie nous ouvre une porte vers ce monde caché du bon Dieu. Pendant nos Messes et Offices, le feu pascal brûle encore, en haut du cierge pascal. Il représente le Christ, vraie lumière du monde. Il fait penser aussi à la lumière au moment de la Création, quand le Verbe disait « Fiat lux » et créait une étincelle qui illumine désormais une centaine de milliards de galaxies de l’univers. Cette lumière rayonne du Christ et devient éblouissante au moment de sa glorieuse Résurrection. Veuillez regarder l’image du Saint-Suaire qui est installé dans la chapelle Saint Jean-Baptiste : les scientifiques sont dans l’incapacité d’expliquer comment l’image du Christ a été imprimée sur le tissu. Une explication, qui n’est pas niée par des chercheurs de renommé, semble être un rayonnement électromagnétique de très haute puissance, venant du Christ au moment précis de sa Résurrection et qui nous a laissé une sorte de photographie divine. De manière figurative, cette lumière sort aussi de la vie des saints, dont la sainteté nous éblouie quand nous lisons leurs vies. Il est impressionnant de voir le jeu des ombres et de la lumière dans les tableaux du fameux peintre français et baroque Georges de La Tour. Dans ses images religieuses, dans lesquelles seulement la lumière d’une chandelle éclaire la scène, on peut avoir l’impression que la lumière vient en réalité du visage des personnages. Notre-Seigneur nous exhorte de marcher dans la lumière, qu’Il est lui-même, la Lumière du monde. Cette lumière du Christ chasse les ténèbres et éclaire les esprits. Et Il nous demande de ne point s’éteindre, comme il arrivait aux vierges folles, qui disaient aux prudentes : « Donnez-nous de votre huile, parce que nos lampes s’éteignent » (Mt 25, 8).

Tant que nous restons dans la vérité du Christ, à temps et contretemps, il y a cette lumière en nous. Tant que nous pratiquons la charité du Christ au milieu d’un monde froid, elle ne s’éteint pas. Et tant que nous contemplons la Résurrection du Sauveur, notre esprit va, même dans les temps incertains et menaçants, découvrir une source d’espérance qui illumine les coins de notre vie intérieure et qui rayonne de nous en forme de joie et de paix. Les paroles de saint Paul aux Philippiens « N’ayez aucun souci ; mais en tout, par la prière et la supplication avec action de grâce, faites connaître à Dieu vos demandes » (4, 6) puissent ensuite être mises en acte.

 

Chanoine Christian Mahlberg