Éditorial Avril 2019

Sermon pour le Jeudi Saint 2019 à la Chapellenie Saint Jean-Baptiste par le Chanoine Thibaut d'Aviau de Ternay

En ce jour de l’Institution du Sacerdoce et de la Sainte Eucharistie rendons grâce au Seigneur pour ce don qu’il a donné à son Église. Dans un temps où nous sommes sous le choc de la tragédie qu’a connue Notre Dame de Paris, il est bon d’être réuni pour prier et rendre grâce.

La flèche de Notre Dame de Paris faisant le lien entre la terre et le ciel s’est effondrée nous laissant au milieu d’un chant de ruine. Le coq a chanté montrant à la face du monde le reniement de Pierre. Nous entrons dans une nuit obscure, la triple relique contenue dans la flèche ayant chuté dans le brasier. Un fragment de la relique de la Sainte couronne, une relique de Saint Rémy et une de Sainte Geneviève ont rejoint le bûcher de Sainte Jeanne d’Arc.

Le péché de l’homme nous revient comme un boomerang, le reniement du Christ par St Pierre vient fouetter nos consciences à chaque fois que nous préférons être dans le confort plutôt que le don. Souvent Prêtres et fidèles nous préférons notre confort. Disons-le, confessons-le humblement. Mais aujourd’hui nous sommes là au milieu des ruines, la couronne d’épines, St Rémy et Sainte Geneviève sont descendus du Ciel pour nous regarder espérant croiser notre regard.

Ferons-nous comme Saint Pierre qui fut saisi par le regard du Christ dans la cour du prétoire en commençant sa mission par pleurer en versant des larmes de conversion, celles qui sont capable d’éteindre les feux les plus redoutables ou ferons-nous comme Judas qui, enfermé dans son orgueil, va se pendre dans un désespoir épouvantable qui fait penser à celui de Voltaire qui consomma son vase de nuit en guise de viatique.

Sachons voir ses signes d’Espérance dans ce regard qui s’invite à changer radicalement notre manière de vivre, y communier c’est faire l’expérience de Pierre qui devient la pierre angulaire de l’Église et si nous voulons prendre un peu de hauteur notre paratonnerre. Pour voir ses signes, il faut retrouver la symbolique de notre nudité originelle. Elle est bien différente de celle qui se pratique en certains endroits hédonistes car la vraie nudité elle se trouve dans celle qui préfigure le Christ en la personne de l’Ancien Testament Job. Il vécut le dépouillement jusqu’à la nudité et jusqu’à l’humiliation d’un corps recouvert d’ulcères. Il était considéré comme un sage, il s’humilia comme le Fils de Dieu qui devant l’opprobre fit la volonté du Père. Et de cette obéissance extrême tout est redevenu possible, harmonieux, joyeux, fécond. C’est dans cette expérience de la vraie nudité que la joie spirituelle s’enracine et rend l’âme agréable à son Créateur et comme par ricochet l’âme devient lumière qui brille au milieu des ténèbres.

L’heure a sonné mes amis pour une telle rencontre car aujourd’hui la triple relique, Christ en tête, a décidé de rejoindre le bûcher de Jeanne, la Pucelle d’Orléans, qui sauva la Fille aînée de l’Église par la restauration de la monarchie en conduisant à l’Autel de Reims le Dauphin Charles VII pour qu’il y soit sacré. Que reste-t-il de Jeanne ? si ce n’est son anneau, et que symbolise l’anneau ? si ce n’est l’alliance. Oui la triple relique à voulu rejoindre l’anneau de Jeanne pour renouveler l’alliance entre Dieu et les hommes manifestant ainsi un amour fou de Dieu pour l’homme qui du néant l’a tiré pour le rendre capable de Lui afin qu’il puisse participer à Sa vision béatifique faisant ainsi l’expérience de la Trinité qui pourtant se suffit a elle même. Entrer dans cette alliance c’est entrer dans l’esprit du mot qui depuis les origine définit le Christianisme : « hodos » signifiant voie et souvent utilisée dans le Nouveau Testament dans le sens de chemin de progrès. Comme l’a fait remarquer dernièrement le Pape émérite Benoit XVI :

« La Foi est un voyage et une façon de vivre. Dans l’Église ancienne, le catéchuménat fut créé comme un lieu de vie face à une culture de plus en plus démoralisée, où les aspects particuliers et nouveaux de la manière de vivre chrétienne étaient mis en pratique, et en même temps protégés de la manière de vivre ordinaire. Je pense qu’encore aujourd’hui il faut quelque chose qui ressemble à des communautés catéchumènes, de telle sorte que la vie chrétienne puisse s’affirmer à sa propre façon. » C’est ici que prend l’importance d’une vie de type paroissial ou nous pouvons faire l’expérience du triple sacerdoce : sacerdoce du Christ, sacerdoce ministériel et sacerdoce commun des fidèles. Tout nous ramène au Christ ou selon le principe de subsidiarité chacun étant à sa place se sanctifie dans les structures que l’Église, Une, Sainte, Catholique et Apostolique nous donne pour cela. N’ayons pas peur d’avancer au large dans cette alliance que le Christ renouvelle par le sacrifice de son Sang et qu’Il s’est nous rappeler à travers l’histoire de notre vie par différents moyens comme dernièrement la catastrophe de Notre Dame de Paris qui fait dire à Mgr Aupetit : « Au delà de la reconstruction des pierres, il s’agit de reconstruire l’Église tout entière par la conversion de notre coeur. « Va, dit le Seigneur à Saint François d’Assise, et rebâtis mon Église qui tombe en ruines. » Ainsi soit-il