Sermon de la Messe de Requiem pour Louis XVI, la famille royale

et les martyrs de la Révolution française

 

Samedi 23 janvier 2021

par le Chanoine d'Aviau de Ternay, Icrsp

 

Chers amis,

 

Nous voici dans cette chapelle ce matin pour honorer la mémoire de Louis XVI, de sa famille et des martyrs de la Révolution.

C’est toujours un moment émouvant et en ces temps si troublés il est bon de revenir à l’essentiel.

L’essentiel c’est le Christ et avec, en partie, Dom de Monléon, je voudrais vous parler de la royauté.

Le Roi, le vrai c’est Jésus !

« Le fondement de la dignité royale de Notre-Seigneur Jésus-Christ réside dans l’union de sa nature humaine avec la nature divine, union que les théologiens nomment « union hypostatique ». C’est parce que Jésus-Christ est le Fils unique de Dieu, engendré du Père de toute éternité et consubstantiel à lui ; c’est parce qu’il est lui-même Dieu véritable, qu’il est essentiellement Roi.

Le pouvoir royal, en effet, considéré dans sa racine, le pouvoir de « régir » les hommes, c’est-à-dire de leur donner des ordres, de les juger, de les punir, appartient à Dieu, et n’appartient qu’à lui. Le droit de gouverner le monde revient en son entier à la puissance qui créa le monde. Non seulement Dieu a fait sortir l’univers de néant, non seulement il lui a donné « l’être », mais encore il le conserve, le soutient, le vivifie à tout moment ; et si sa Providence un seul instant se détournait de lui, le monde serait anéanti sans aucun délai. C’est de Dieu que toutes les créatures ont reçu leur existence, leur nature, leurs propriétés, leurs qualités ; de lui qu’elles tirent sans cesse ce qu’il leur faut pour subsister et aller à leur fin. « C’est de lui, disait St Paul aux Athéniens, que nous viennent et la vie et le mouvement et l’être. »

De là résulte pour tout ce qui existe, un état de dépendance rigoureuse vis-à-vis de Dieu, une incapacité absolue à se soutenir en dehors de lui. Or c’est précisément cette dépendance qui justifie l’autorité permanente de Dieu sur toute créature.

Pour être légitime en effet, un pouvoir doit être en mesure de satisfaire aux besoins de ceux auxquels il s’impose. Si la famille, par exemple, reconnait l’autorité du père, c’est qu’en l’état normal des choses, elle se remet à lui du soin d’être nourrie et protégée. De même un vrai gouvernement se doit de procurer au pays qu’il administre, les meilleures conditions de paix et de prospérité : s’il est incapable de remplir son office, il perd ses droits à l’exercice d’une autorité légitime ; vérité que saint Thomas exprime fort bien par ces mots : « Non est dominium ubi non est potentia : Il n’y a point de domination là où il n’y a pas de puissance. »

Nous pourrions continuer à développer la royauté de Notre-Seigneur Jésus-Christ, mais pour ce matin nous en avons suffisamment dit pour mieux comprendre pourquoi la monarchie, celle de Saint Louis, celle de Louis XVI par exemple est la meilleure car tant par sa généalogie, que part son sacre, le Roi agit en lieutenant du Christ pour gouverner les nations comme le Pape agit en Vicaire du Christ pour gouverner l’Église.

En France le changement du mode de gouverner est basé sur la décapitation du Roi Louis XVI, c’est une réalité qu’il ne faut pas oublier parce que dès lors, le lien entre les dirigeants des différents régimes que nous avons connus et que nous connaissons est vicié parce que la royauté du Christ n’est plus reconnu, il y a une fracture entre Dieu et sa créature si bien que les intérêts du peuple ne sont plus dirigés par le Roi des rois mais par l’épiderme d’un … , vous m’avez compris, c’est difficile à nommer.

 

 

 

En effet, ce 21 janvier 1793 ne voit pas seulement s’accomplir un crime, mais encore un sacrilège, parce que l’on a porté la main sur l’Oint du Seigneur. 

 

Louis XVI a la conviction qu’il lui faudra se sacrifier lui-même pour que les grâces retombent sur le pays. Et là l’idée du Roi sacrifié prend tout son sens. Lors du sacre, le Roi est élevé par les Pairs et présenté à la foule, signifiant ainsi qu’il ne s’appartient plus – il appartient tout entier à son peuple – et qu’il doit être capable de se sacrifier ; le Roi appartient tout entier au public, disait Louis XIV. 

Ce peuple, Louis XVI l’a aimé avec passion, souvenez-vous l’an dernier je vous avais évoqué une longue litanie de toutes ses œuvres, mais l’homme est souvent ingrat et l’histoire ne sert hélas pas de leçon sauf peut-être pour Louis XVI qui est allé jusqu’au sacrifice de la vie.

Un siècle plutôt, un autre Roi fut guillotiné après un procès composé de partisans : Charles Ier d’Angleterre qui épousa la sœur de Louis XIII. Durant son procès il refusa de plaider car disait-il : « Les rois n’ont à rendre compte de leurs actions qu’à Dieu. » En posant sa tête sur le billot après avoir récité une prière, il fit signe au bourreau qu’il était prêt. Avant d’être décapité d’un unique coup de hache il dit : « Je vais d’une corruptible à une incorruptible couronne où aucun dérangement ne peut être ».

Oui ces deux procès ne sont pas de simples assassinats de rois comme nous avions pu hélas le voir dans le passé. L’homme a voulu se substituer à Dieu pour juger son oint. C’est une nouveauté ! c’est une Révolution ! Ce que Cromwell a été pour l’Angleterre, Robespierre l’a été pour la France. L’un fut décapité post mortem et l’autre fut guillotiné.

Revenons quelques instants à Louis qui nous laisse un Testament avant tout spirituel ; il s’agit d’un acte de foi ; il commence d’ailleurs par ces mots : « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » ; il s’agit d’un acte de charité, charité vis-à-vis d’abord de ses serviteurs, vis-à-vis de sa famille, de ses enfants, de sa sœur, de ceux qui se sont compromis à son service, qui se sont sacrifiés pour lui ; acte de charité également à l’égard de ses persécuteurs, auxquels il accorde son Pardon. Louis XVI pardonne à ceux qui le persécutent et à ceux qui vont le condamner comme ont fait les saints, ceux qui mérite le titre de « héro ».

 

Ce Testament est aussi un acte de contrition, dans lequel Louis XVI demande pardon à Dieu d’avoir sanctionné les décrets de la Constitution civile du clergé, regrettant profondément de l’avoir fait. 

 

Texte éminemment spirituel, le Testament se mêle au texte du Vœu de consacrer la France au Sacré-Cœur pour donner tout son sens au sacrifice du Roi. Ce sacrifice du Roi, il est en quelque sorte condensé par les dernières paroles prononcées par Louis XVI sur l’échafaud le 21 janvier 1793 : « Je meurs innocent des crimes que l’on m’impute ». « Je pardonne aux auteurs de ma mort ». Le sacrifice est lié au pardon ; ce sacrifice prend un sens dans la mesure où le Roi a pardonné à ses persécuteurs. « Je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France » : Et bien que Dieu pardonne à ce pays qui s’est révolté contre lui, le Roi, mais d’abord contre Dieu, qu’Il fasse redescendre sur la France égarée des grâces spirituelles par la force du sacrifice de celui qui était son Oint. C’est notre Espérance !  Le Roi est mort, vive le Roi !