DU GÉMISSEMENT À L’ENGAGEMENT

pour une « conversion » écologique diocésaine

 

En ce Carême, Frères et Sœurs qui voulons être fidèles au Christ, notre conversion doit prendre une couleur écologique : comme l’écrit saint Paul aux Romains : « la création tout entière gémit, elle passe par les douleurs d’un enfantement qui dure encore. Nous aussi, en nous-mêmes, nous gémissons ; nous avons commencé à recevoir l’Esprit Saint, mais nous attendons notre adoption et la rédemption de notre corps. Car nous avons été sauvés, mais c’est en espérance » (8, 22-24).

 

Les craquements du monde

 

Les violences grandissantes que nous constatons, les manifestations que nous subissons – même si elles peuvent avoir une certaine légitimité – les craquements profonds dans le monde politique, les déséquilibres inquiétants qui menacent notre planète, les antagonismes attisés entre les religions : tout cela nous fait souffrir et gémir. Plusieurs de nos contemporains y voient l’annonce d’un « effondrement », d’un collapsus général. Nous ne voulons pas être ni devenir des « catastrophistes », mais il nous est nécessaire, et il le sera encore pour les générations à venir, de prendre la mesure des « conversions » qu’il nous faudra vivre en vue d’une « transition écologique » qui puisse encore sauvegarder la Création au niveau de notre planète.

Lorsque saint Paul écrit que nous attendons d’être « sauvés », il parle d’adoption et de rédemption ; il prend l’image des douleurs de l’enfantement, comme l’a fait Jésus lui-même : « La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde » (Jn 16, 21).

 

Besoin d’être sauvés

 

Le monde dans lequel nous nous trouvons se rend compte qu’il a besoin d’être sauvé, car il a le sentiment qu’il court de grands dangers : les catastrophes naturelles qui se multiplient, les nouvelles formes de guerre qui se répandent, la pauvreté qui s’étend, la déliquescence des valeurs fondamentales qui atteignent la nature même de l’homme et de la femme, de la filiation et de la famille, tout cela nous ébranle. On entend beaucoup parler de sauvegarde, pour dire que l’on a besoin d’assurance pour rester « sains et saufs ».

 

Quand est annoncée à Joseph la naissance de Jésus, il lui est présenté sous ce nom qui veut dire : Le Seigneur sauve, car, précise l’ange, « c’est lui qui sauvera son peuple de son péché » (Mt 1, 21). Aux bergers, la nuit de Noël, l’ange porte une bonne nouvelle : « Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur » (Lc 2, 11).

Une opportunité nous est donnée « aujourd’hui » d’annoncer la Bonne Nouvelle du Salut, du Sauveur qui est le Seigneur. En latin, salus, c’est la santé ; nous sommes dans un monde malade et en danger de mourir. Le salut, c’est la santé, la pleine santé qui est la sainteté.

 

En ce Carême 2020, je nous invite tous, « fidèles du Christ », à redécouvrir les vertus de la sobriété, à retrouver, dans une forme positive de pénitence, la joie de la simplicité et de la frugalité. Nous n’avons plus le droit de gaspiller les richesses naturelles ni celles de la culture : elles appartiennent à tous, aux générations de demain comme à celles d’aujourd’hui. Le gaspillage est une faute face à la pauvreté qui nous entoure. Car il y a du bonheur à retrouver une vie plus simple, plus attentive aux autres, à la Création, au Créateur, qui est notre Sauveur. Ne soyons pas inquiets du « moins », mais recherchons le « mieux » ! En d’autres termes : « Moins de biens, plus de liens ! ». Car l’inconscience, elle aussi, devient coupable. Nous devons progressivement changer de modes de vie : cela devient une question de survie. À chacun de trouver les moyens d’économiser nos ressources pour le bien commun.

 

Aimer nos maisons et notre Maison commune

 

Quel souci vital avons-nous de nos maisons ? Nos « demeures » sont précieuses à notre vie de tous les jours : ce foyer familial où l’on besoin de se retrouver. En grec, la maison se dit oikos, d’où notre mot « écologie » qui signifie « une parole sur la maison ». Le pape François, dans Laudato Sinous a parlé avec beaucoup de profondeur et de justesse de la « sauvegarde de la maison commune » qu’est la Terre : beaucoup soulignent, bien en dehors de l’Église, la pertinence et la justesse de ses réflexions. Il revient avec force et finesse sur ce sujet dans l’Exhortation apostolique qui vient de paraître et commence par ces mots : Amazonie bien-aimée. Il nous faut retrouver une sobriété qui respecte les personnes et rende leur saveur aux biens qui nous sont donnés ; à la justice sociale que cela implique s’ajoute la contemplation de la beauté tant de la nature que des êtres humains. « Il n’y aura pas d’écologie saine et durable, capable de transformer les choses, si les personnes ne changent pas, si on ne les encourage pas à choisir un autre style de vie, moins avide, plus serein, plus respectueux, moins anxieux, plus fraternel » (n. 58).

 

Je demande que nous prenions conscience de cette « conversion écologique » à l’occasion de l’appel à la conversion par lequel Jésus commence sa prédication du Royaume, conversion que nous vivons particulièrement pendant le Carême. Conscience, conversion, changement de modes de vie : voilà notre chemin vers Pâques, vers une vie renouvelée.

Bon Carême à tous dans une liberté du cœur retrouvée. Soyons pleinement bio, non seulement pour l’alimentation ou pour la biosphère, mais aussi pour la bioéthique, dans nos « biomes » (cf. n. 5, 48), en disciples du « Prince de la vie » (Ac 3, 15) !

 

+ fr. Robert Le Gall

Archevêque de Toulouse

À Rome le 22 janvier 2020