Le Pape François, 'La Chanson de Roland', et l'Imam Al-Tayeb

par Christian Mira

 

  1. Contexte de cet article publié aux USA, et commentaires liminaires.

Le titre de ce texte est la traduction d'un article récent "Pope Francis, 'The Song of Roland' and Imam Al-Tayeb" du journaliste italien et auteur Giulio Meotti, éditeur culturel pour Il Foglio. Le paragraphe 2 qui suit est cette traduction. L'article a été publié en anglais le 01-12-2019 sur le site Gatestone Institute. Il faut noter que ce site est controversé parce que non conforme aux critères de la "bien pensance" dominante. Cependant ses informations peuvent être facilement vérifiées à travers des références précises associées, reproduites dans ce §2. De même, sur un sujet devenu "très sensible", en vue d'une vérification minutieuse des informations communiquées, ce paragraphe 1 de commentaire, et d'analyse de la matière traitée, recourt, lui aussi, à de nombreux liens "hypertexte". L'article du Gatestone Institute traite d'un aspect de la politique étrangère du Vatican, avec les conséquences politiques et géopolitiques induites par certaines positions du Pape François vis à vis de l'islam, et par ses relations avec le Grand Imam d'Al-Azhar, Ahmed Al-Tayeb, la plus haute autorité religieuse du sunnisme. Ce texte ne met donc pas en cause l'infaillibilité du Saint Père, légitime en matière de foi et de morale. Ici il ne s'agit que d'un exposé de faits vérifiables, non de leçons sur les conduites à tenir dans des situations, sociétales, ou politiques, qui restent très complexes.

Les relations du Saint Père avec l'Imam Al-Tayeb ont pour origine (ignorée dans l'étude du Gatestone Institute) un message (juin 2013) de Mahmoud Abdel Gawad, conseiller pour les affaires interreligieuses de l'imam Ahmed al-Tayyeb d'Al-Azhar. Le message évoquait la possibilité de reprise d'un dialogue (présenté comme compromis par Benoît XVI) dans ces termes: "Les problèmes que nous avons eus n'étaient pas avec le Vatican, mais avec l'ancien pape. Maintenant, les portes d'Al-Azhar sont ouvertes, le Pape François est un nouveau pape. Nous attendons qu’il fasse un pas vers nous, en déclarant que l'islam est une religion pacifique, que les musulmans ne cherchent pas la guerre ou la violence, ce serait un réel progrès en soi".

Cette condition posée pour la reprise du dialogue a été rapidement satisfaite (24-11- 2013) via les points 252 et 253 de la première lettre d'exhortation apostolique Evangelii gaudium du pape François, lettre divulguée lors de la messe solennelle qui clôturait l'« Année de la foi». Plus précisément, la réponse du Saint Père à l'Imam Al-Tayeb réside dans la dernière phrase du point 253: "Face aux épisodes de fondamentalisme violent qui nous inquiètent, l’affection envers les vrais croyants de l’Islam doit nous porter à éviter d’odieuses généralisations, parce que le véritable Islam et une adéquate interprétation du Coran s’opposent à toute violence". La première partie de ce point 253 est un appel à un accueil affectueux et respectueux des migrants musulmans, suivi d'une "humble prière" demandant "la liberté aux chrétiens de célébrer leur culte et de vivre leur foi, prenant en compte la liberté dont les croyants de l’Islam jouissent dans les pays occidentaux."

L'importance de ce paragraphe 253 est mise en valeur sur la base de ce que dit le précédent (n° 252) qui fait l'éloge de l'islam, et des musulmans : "Il ne faut jamais oublier qu’ils « professent avoir la foi d’Abraham, adorent avec nous le Dieu unique, miséricordieux, futur juge des hommes au dernier jour ». Les écrits sacrés de l’Islam gardent une partie des enseignements chrétiens ; Jésus Christ et Marie sont objet de profonde vénération ; et il est admirable de voir que des jeunes et des anciens, des hommes et des femmes de l’Islam sont capables de consacrer du temps chaque jour à la prière, et de participer fidèlement à leurs rites religieux."

Les assertions très islamophiles des paragraphes 252 et 253 ont provoqué inquiétude, et désarroi, non seulement chez les chrétiens d'Orient, mais aussi chez les néo-chrétiens issus de l'islam. Ces derniers perçoivent ces textes comme la remise en cause implicite d'un choix spirituel, issu d'une découverte fondamentale: le Dieu de l'islam n'est pas le Dieu de la "Loi d'Amour" du christianisme. C'est cette révélation qui fait dire à Mohammed-Christophe Bilek, le fondateur de Notre-Dame de Kabylie : "Si le Dieu du Coran est le même que celui des chrétiens, pourquoi moi, Mohammed, suis-je devenu Christophe ?" Or, la question posée est celle d'un ex-musulman qui, avant sa conversion, a "consacré du temps chaque jour à la prière" (cf. le n°252 de Evangelii gaudium). C'est à dire, un ex-musulman qui (selon le droit musulman) a récité cinq fois par jour les 7 versets de la première sourate du Coran Al Fatiha, dont le dernier verset est identifié comme source de la haine envers les chrétiens ("les égarés", car polythéistes) et les juifs ("ceux qui sont l'objet du courroux d'Allah"). L'origine de cette haine est mentionnée par le pasteur Rachid, fils d'un imam marocain dans une première vidéo (A Message to President Obama from a former Muslim, en anglais), et dans une seconde (en arabe avec sous-titres en français). Elle figure en note de bas de page 29 de la traduction du Coran (Ed. Maisonneuve & Larose, Paris 2005) par l'islamologue Régis Blachère. Elle est aussi l'objet d'une étude complète de l'islamologue juriste Sami Aldeeb, dans son livre La Fatiha et la culture de la haine. Interprétation du 7ème verset à travers les siècles, disponible en trois langues auprès de www.amazon.com.

L'adhésion à cette "Loi d'Amour "de Jésus-Christ conduit naturellement au rejet de la violence du prophète de l'islam ("le Beau Modèle" - terme islamique - que tout bon musulman doit chercher à imiter). Les néo-chrétiens ex-musulmans ont pu ainsi mesurer le fossé abyssal qui sépare la "Loi d'Amour" et l'enseignement des livres canoniques de l'islam (Coran, hadiths, et la biographie guerrière de Mahomet la Sirah). Pour ces convertis le Modèle est devenu Jésus, qui n'a rien de commun avec Issa (confondu avec Jésus dans Evangelii gaudium, et Nostra Ætate), fils de Mariam (verset 29 de la sourate 19) et fille d'Imrân (sourate 26 verset 12, sourate 3 verset 31), pénultième prophète de la lignée prophétique, destiné à mettre en valeur Mahomet le dernier, en haussant son rôle au rang de Sceau des prophètes. Dès les premiers siècles les arabes chrétiens ont nommé Jésus, "Yashou" (c'est à dire "Il Sauve"), proche de "Ieschoua" en hébreux, qui se traduit par "Dieu sauve". Sous ces deux derniers noms, qui reflètent la nature profonde de l'Être, Jésus se manifeste comme rédempteur, ayant une double nature, Vrai Dieu et Vrai Homme, ce que rejette farouchement le Coran. Ainsi, dans son traité de la "Revivification des sciences religieuses", au sujet d'Issa, le grand théologien du XIème siècle al-Ghazâli proclame: "cent vierges forment sa rétribution au paradis en récompense de sa chasteté sur terre". Le choix d'Issa montre ainsi une volonté de dévaloriser et de faire disparaître sous ce nom: Jésus Rédempteur, Vrai Dieu et Vrai Homme.

Quant au "Dieu Unique et Miséricordieux" mentionné dans le paragraphe 252, ayant connu l'islam de l'intérieur, les néo-chrétiens issus de l'islam savent bien que la miséricorde du Dieu de l'islam, Allah, est réservée aux musulmans. De même, ils nient "avoir la foi d’Abraham" (point 252) dans son sens islamique (Ibrâhîm) , en refusant la confusion de "l’Abraham de l’Alliance et de la promesse de l’Ancien Testament, et l’Abraham modèle moral et spirituel du Nouveau Testament, avec l’Ibrâhîm coranique, père généalogique et ethnique des arabes islamiques, fondateur, avec son fils Ismaël, de la Kaaba à la Mecque" que note l'islamologue Marie-Thérèse Urvoy. Plus de détails sur ces différentes questions se trouvent dans un article de Notre-Dame de Kabylie, et dans celui-ci.

Dès le début, l'article du Gatestone Institute établit un lien entre la récente rencontre du Saint Père avec le Grand Imam Al-Tayeb d'Al-Azhar au Vatican (15-11-2019), et les conversions forcées des musulmans par les chrétiens, que le Pape François évoque en citant La chanson de Roland (début du XIème siècle), avec un commentaire: "Le fondamentalisme est un fléau et toutes les religions ont une composante fondamentaliste " (18-11-2019), laissant supposer, pour la situation actuelle, une égale responsabilité des deux religions. Ce commentaire du pape conduit l'article du Gatestone Institute à s'intéresser à la position de l'Imam sur la sanction de l'apostasie, sanction qui, de nos jours, concerne en grande part les musulmans ayant choisi le christianisme, ceci sans aucune contrainte car ce choix se fait au risque de leur vie. En effet, pour l'islam, l'apostasie est le sommet des crimes, car véritable trahison de l'oumma (la communauté, au sens de nation des croyants, indépendamment d'une "nationalité locale"). Cet abandon de l'oumma est condamné par deux hadiths (paroles du Prophète). Le premier énonce la sanction : "Celui qui abandonne sa religion islamique, tuez-le." (Sahih al-Bukhari Volume 4, Livre 52, Numéro 260). Le second prophétise une époque d'amplification de l'apostasie, et précise que tout "fidèle", se faisant juge et bourreau, aura une récompense dans l'au-delà : "J’ai entendu le prophète dire, “à la fin des temps, apparaîtront de jeunes gens aux idées folles. Ils parleront bien, mais ils sortiront de l’islam comme une flèche sort de son jeu, leur foi ne dépassera pas leur gorge. Ainsi, partout où vous les trouvez, tuez-les; au jour de la résurrection, il y’aura une récompense pour ceux qui les tueront." (Sahih al-Bukhari Volume 6, livre 61, Numéro 577). Dans la hiérarchie des hadiths, parmi les six recueils considérés comme authentiques (Sahih) chez les sunnites, deux jouissent de la plus haute autorité: Sahih de al-Bukhari et Sahih de Muslim ibn al-Hajjaj. C'est cette "excellence" de Sahih al-Bukhari qui a permis de faire figurer la sanction de l'apostasie dans la constitution de certains pays musulmans (par exemple cf. l'article 306 de la Constitution de la Mauritanie).

L'article du Gatestone Institute donne quelques exemples de persécutions subies par les chrétiens plus particulièrement celles subies en terre d'islam. Une étude beaucoup plus complète est présentée dans le rapport "Too Many to Count": The Global Persecution of Christians" ("Trop pour en tenir le compte: la persécution mondiale des chrétiens" de Raymond Ibrahim, novembre 2019). Il fait suite au rapport de Juillet 2019, qui donne (à la fin) les liens "hypertexte" donnant accès aux rapports mensuels d'août 2011 à juin 2019. L'ensemble brosse un tableau terrifiant du sort tragique de populations, vouées à une quasi disparition, en particulier celles qui vivent sur les terres qui ont vu la naissance du christianisme.

 

- 2. Traduction de l'article "Pope Francis, 'The Song of Roland' and Imam Al-Tayeb".

Deux faits survenus au cours de la même semaine ont mis en lumière une vision "permutée" (upside-down vision) du pape François, concernant les relations avec l'islam.

Evoquant un passage du célèbre poème du XIe siècle, "La chanson de Roland", dans lequel des chrétiens d'Espagne sommaient les musulmans "de choisir entre le baptême et la mort", le pape François l'a récemment commenté ainsi: "Nous devons nous méfier des groupes fondamentalistes de chaque religion. Le fondamentalisme est un fléau et toutes les religions ont une composante fondamentaliste " (18-11-2019). En citant cet extrait de "La chanson de Roland", relatif à la conversion forcée des musulmans par les chrétiens (il y a dix siècles), le Pape laisse entendre que, maintenant, le christianisme reste aussi coupable que l'islam sur la question des conversions par la violence. Quelques jours auparavant (15-11-2019), le pape François avait reçu Ahmed Al-Tayeb, le Grand Imam d'Al-Azhar, la plus haute autorité religieuse du sunnisme.

Le second fait est une interview de l'Imam Al-Tayeb à MEMRI-TV (16 juin 2016), où il définit sa position sur la sanction de l'apostasie (donc actuellement celle de la conversion de musulmans au christianisme). Il explique la raison de cette sanction: " L'apostasie est un crime. ... Un apostat est invité à se repentir, et s'il ne le fait pas, il doit être exécuté". Le chef religieux égyptien reprend ainsi la loi qui criminalise l'apostasie au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, et dans 14 des 20 pays de la région. En outre, l'Afghanistan, l'Iran, la Malaisie, les Maldives, la Mauritanie, le Nigeria, le Pakistan, le Qatar, l'Arabie saoudite, la Somalie, le Soudan, les Émirats arabes unis et le Yémen - tous des pays islamiques - y ajoutent le délit d'athéisme, lui aussi passible de la peine de mort. Le cas de l'Algérie est différent, mais les convertis au christianisme sont l'objet de multiples restrictions et tracasseries pour l'exercice de leur culte, entrainant des fermetures d'églises, plus les délits de transport de bibles, et de prosélytisme punis de peines de prison, ce qui limite les contacts avec la population.

Dans le magazine américain Crisis, William Kilpatrick écrit: "De la part du pape François et de ses conseillers, l'étonnante ignorance des enseignements de base de l'islam, ne crée pas un monde plus harmonieux, mais plus dangereux". "Ceux qui souscrivent à leur vision fantasmatique de l'islam risquent une mauvaise surprise lorsqu'ils se heurteront à la réalité".

Un fait incontournable est aussi celui de nombreux pays à majorité musulmane où le clergé chrétien est régulièrement assassiné par des extrémistes. Récemment, trois pasteurs protestants ont été massacrés. Le pasteur David Mokoni a été assassiné par Boko Haram lors d'une attaque contre son église au Cameroun. Jinwook Kim, pasteur évangélique sud-coréen, a été assassiné en Turquie. Et un prêtre catholique, Housib Petoyan, qui appartenait à la minorité arménienne de Syrie, a été assassiné par l'État islamique. Selon un nouveau rapport de l'Aide à l'Eglise en Détresse, "plus de 245 millions de chrétiens vivent dans des pays où ils subissent un niveau de persécution élevé", 4 305 chrétiens ont été assassinés pour leur foi de 2017 à 2019, et 1 847 églises, et autres bâtiments, ont été attaqués au cours de la même période. Le rapport indique: "en une génération, la population chrétienne irakienne a diminué de plus de 90%".

Au Burkina Faso, des chrétiens du sont maintenant obligés de "fuir, ou se convertir, ou mourir". Au Nigeria, Boko Haram détient une étudiante, Leah Sharibu, captive pour son refus de se convertir à l'islam. La baronne britannique Cox a récemment découvert, lors d'une mission d'enquête au Nigeria, des assassinats massifs de chrétiens par des extrémistes musulmans (plus de 1 000 chrétiens tués depuis janvier et plus de 6 000 depuis 2015). À Mossoul, en Iraq, les chrétiens confrontés au choix de la conversion à l'islam, ou d'un impôt, ou de la peine de mort, ont fui leur ville historique. "Je suis en présence d'une famille de chrétiens qui ne veulent pas se convertir, que dois-je en faire?", demandait un djihadiste en Irak à son chef.

En novembre 2016, le magazine français Le Point a relaté le calvaire d'une famille chrétienne irakienne: Ismail Matti avait 14 ans, lorsque Daech entra dans la ville de Bartalla, à l'est de Mossoul. Il attendait des proches pour fuir avec sa mère malade, Jandar Nasi, mais personne n'est venu. Alors ils ont essayé de quitter la ville, mais ont été refoulés deux fois par des djihadistes qui les ont mis en prison à Mossoul. "Il y avait beaucoup de chiites dans la cellule voisine de la nôtre, ils en ont pris un, lui ont tiré une balle dans la tête devant nous", dit-il. "Ils ont averti ma mère que le même sort nous attendait si nous refusions de nous convertir, alors nous nous sommes convertis", se souvient Ismail, actuellement hébergée dans un abri dirigé par une église d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien.

En Egypte, le pays de l'imam Al-Tayeb, vivait un chrétien copte nommé Bahgat Zakhar. "Repens-toi, infidèle. Convertis-toi, et tu auras la vie sauve ", l'un des djihadistes, posa son arme contre la tête de Zakhar, en le forçant à se mettre à genoux. Zakhar refusa, alors il le tua.

La même violence a eu lieu dans toute la Syrie. "Un vendredi, des camions sont apparus dans le village avec des inconnus barbus, fortement armés, qui ne connaissaient personne dans le village", écrit l'avocate des droits de l'homme Nina Shea en 2014, en citant le journaliste néerlandais Martin Janssen:

"Ils ont commencé à traverser le village avec un haut-parleur diffusant le message que leur village appartenait maintenant à un émirat islamique et que les femmes musulmanes devaient désormais s'habiller conformément aux dispositions de la charia islamique. Les chrétiens avaient le choix entre quatre possibilités. (a) Se convertir à l'islam et renoncer à leur "idolâtrie". (b) S'ils refusaient, ils étaient autorisés à rester à condition de payer la jizya, un impôt spécial que les non-musulmans, en vertu de la loi islamique, doivent payer pour "leur protection". Pour les chrétiens qui ont refusé, il restait deux choix: (c) laisser sur place tous leurs biens, ou être exécutés (d). Plus précisément, le mot utilisé (en arabe dhabaha) fait référence à l'égorgement rituel des animaux. "

Quand l'Etat islamique a envahi les villages assyriens de la vallée de Khabour en Syrie en 2015, "les djihadistes nous ont demandé de nous convertir à l'islam", a raconté un témoin chrétien. Dans la ville chrétienne syrienne de Maaloula, des terroristes islamistes ont exécuté - devant leurs parents - trois chrétiens catholiques grecs qui ont refusé de se convertir à l'islam. "Ils ont tiré sur Michel, son neveu Sarkis et son cousin Antoine", a révélé Marc Fromager, directeur de l'Aide à l'Église en Détresse en France.

Meriam Yahya Ibrahim, qui vit maintenant dans le New Hampshire avec sa famille, était enceinte lorsqu'elle a été arrêtée au Soudan en 2013. Condamnée à mort pour avoir refusé de renoncer à sa foi chrétienne, elle a été sauvée grâce à une action internationale.

Un chrétien irakien, Adel, son épouse Fidaa et leurs trois enfants, ont été capturés par un "émir" de l'Etat Islamique:

"Il est entré dans le bâtiment des femmes, a sorti son coutelas, l'a posé sur la gorge de ma fille, et a ordonné à ma femme: "convertis-toi, sinon je la décapite". Fidaa a accepté de se convertir, l'émir a décidé d'épouser la fille. La mère a protesté contre le fait que la fille n'avait que 8 ans. Les islamistes ont menacé de violer la fille sur place. Adel s'est levé: "J'ai dit que je voulais me convertir et garder ma famille ".

L'odyssée des chrétiens irakiens est pleine de tels témoignages.

En Égypte, des jeunes filles chrétiennes ont été forcées de se convertir à l'islam et d'épouser des musulmans.

Non seulement les chrétiens sont convertis par de telles méthodes, mais aussi leurs lieux saints. La mosquée des Omeyyades à Damas, visitée par le pape Jean-Paul II, était une église chrétienne avant d'être convertie en mosquée. À Chypre, "en l'espace de trois décennies sous le contrôle turc, plus de 530 églises et monastères ont été pillés, vandalisés ou détruits dans la zone nord ..."

"Environ 133 églises, chapelles et monastères ont été convertis en installations militaires de stockage, écuries et discothèques. Soixante-dix-huit églises ont été converties en mosquées, et des dizaines d'autres sont utilisées comme installations militaires, magasins, entrepôts, ou granges à foin ... "

Le président turc, Tayyip Erdogan, a lui-même appelé à reconvertir Sainte Sophie en mosquée. Sainte Sophie, a été la plus grande cathédrale de la chrétienté pendant 900 ans, avant de devenir l'une des plus grandes mosquées de l'islam pendant 500 ans jusqu'en 1935, date à laquelle elle fut convertie en musée. La Grande Mosquée d'Alep était autrefois la cathédrale de Sainte-Hélène.

Il s'agit là de tragédies du passé. Mais, dans le Times, la journaliste Melanie Phillips déclare: "Avant les croisades, les musulmans obligeaient les chrétiens du Moyen-Orient et d'Afrique soit à se convertir, soit à être massacrés, soit à accepter le statut de citoyen de second ordre (celui de la dhimmitude)". Maintenant: "La liberté religieuse, valeur fondamentale de la civilisation occidentale, est en train d'être détruite dans de nombreuses régions du monde. Toutefois, l'aveuglement de l'Occident nie cette guerre de religion. Il détourne son regard de la destruction de son credo fondateur au Moyen-Orient, et de la tentative de l'éradiquer partout ailleurs. Il n’est donc pas surprenant que, face aux barbaries djihadistes à l’étranger, et aux incursions culturelles chez nous, le monde libre soit paralysé ".

La persécution des chrétiens sur les terres islamiques est un secret de polichinelle. En tant que communauté, dans de nombreux pays, la réalité est que ces chrétiens sont chassés, réduits en esclavage, convertis de force à l'Islam, assassinés à cause de leur religion, leurs biens sont pillés, et leurs lieux de culte sont détruits. Ils subissent simplement le même sort que leurs ancêtres. Selon le professeur Philip Jenkins, dans son livre, L’histoire perdue du christianisme:

"Au VIe siècle, il y avait plus de 500 évêques, successeurs des pères de l'Eglise, tels que Cyprien de Carthage et Augustin d'Hippone, exerçant leur ministère dans ce que sont aujourd'hui la Libye, l'Algérie et la Tunisie; à peine deux siècles plus tard, il ne restait aucune église. Elles avaient disparu face à l'invasion musulmane ".

Le christianisme a ainsi perdu l'essentiel de son ancien berceau. L'orientaliste français Jean-Paul Roux écrit: "Le monde musulman a été créé sur des terres mazdéennes ou bouddhistes, telles que l'Iran et l'Inde, mais encore plus sur des terres chrétiennes, en Asie mineure, en Syrie et Palestine, en Égypte et en Nubie, en Afrique du Nord, et les a converties en totalité, ou en grande partie".

Les chrétiens n'ont pu récupérer de l'islam que la Sicile, l'Espagne et la Crimée. Il n'y a pas un seul pays musulman converti par la force au christianisme qui n'ait été reconquis par l'Islam. L'inverse s'est produit dans des dizaines de cas.

Le pape François a raison, quand il dit qu'il y a dix siècles, les chrétiens forçaient les musulmans à la conversion. Il y a vingt ans, le pape Jean-Paul II s'était déjà excusé pour ce passé de l'Église. Aujourd'hui, l’Occident et ses chefs religieux doivent cesser de se repentir et faire face à la réalité présente.

Pour le pape, à la tête de plus d'un milliard de catholiques, il s'agit maintenant d'orienter le dialogue avec l'Islam vers le sort tragique des chrétiens en terres d'islam, et de demander à leurs dirigeants, dont l'Imam Al-Tayeb, de faire cesser les persécutions.

Maintenant, en 2019, Très Saint Père, nous ne sommes plus en 1209, l'époque de la "Chanson de Roland".