Résurrection … et Ascension de Jésus

 altVoici les deux évènements majeurs de notre Histoire du Salut réunis ici en une seule narration, libre adaptation poétique des textes bibliques en une longue cantate, mise en musique en avril 1760 pour les notables protestants de la ville libre de Hambourg par le compositeur officiel Georg Philipp Telemann (1681 – 1767).

 

Qui est-il, cet exact contemporain de notre célèbre J.S. Bach ? Etrange question, en vérité, si l’on pouvait la poser à quelque amateur de musique de l’une quelconque des contrées d’Europe du Nord en ce milieu du XVIIIème siècle. Il ne manquerait pas de nous rétorquer : « Mais qui est ce Bach que vous tenez pour célèbre ? » En effet, depuis deux siècles et demi d’études musicologiques et de partis pris dans la critique historiographique des œuvres et des techniques musicales, on a élevé celui-ci au pinacle et relégué celui-là dans l’antichambre de l’oubli. Pourtant, voici ce qui est écrit dans l’almanach "Nouvelles continuées de l’état des sciences et des arts dans les pays et territoires du Roi du Danemark" en mars 1757 : « Le chant est incontestablement la partie la plus noble et la plus importante de la musique, et il faut surtout louer les compositeurs qui ont créé de grandes choses dans ce domaine. En attribuant au grand Telemann la première place parmi tous, nous parlons en lieu et place de tous les vrais connaisseurs. Quelle ardeur, quel esprit et quelle force règnent dans ses écrits, quelle expressivité des mots, des phrases, des pensées et des choses ! Alors que bien d’autres compositeurs ne font qu’amuser l’oreille, ses musiques pénètrent plus profondément et émeuvent également l’âme ; elles plaisent mieux aux hommes de goût car Telemann allie le véritable génie musical à l’intelligence réfléchie du savant ».

 Voilà ; tout est annoncé pour ce que vous découvrirez de sa musique en écoutant ce magnifique oratorio, musique religieuse dont les accents ouvrent la voie à la méditation des mystères de la Résurrection et de l’Ascension du Rédempteur en ravissant nos oreilles et notre cœur, en élevant notre esprit. Et le texte allemand n’est pas un obstacle en soi ; après une lecture de la traduction, point n’est besoin de comprendre la signification des mots étrangers à notre entendement, la musique si expressive de notre talentueux maître nous en donne toutes les subtilités :

_ la sombre introduction instrumentale jouée par les cordes dans leur registre le plus grave pour les ténèbres des enfers où nous plongeons avec le Christ conduit par la Mort, puis le chœur qui suit où notre accablement est à son comble ;

_ les violons qui frémissent, tremblent, montent ou roulent comme le font la Terre, les monts de Judée, le flot du Jourdain ou la pierre du tombeau dans le récit accompagné de la résurrection ;

_ la douceur des flûtes du premier air pour l’espoir rendu à l’âme affligée ;

_ la triple reprise au cours de l’œuvre du petit chœur « Triumph » avec un accompagnement graduel des instruments, la timidité des seules cordes pour la première, l’affirmation de deux cors pour la suivante et enfin toute la puissance des trompettes et des timbales pour la dernière ;

_ les trompettes et les timbales encore pour accueillir le « Prince de la Vie » dans cet aria pour alto dont le chant, tout de sensibilité et d’émotion, donne toute la substance de la mort vaincue ;

_ les hautbois ensuite afin d’enlacer en duo les voix sopranes des âmes qui s’étonnent de tant d’amour dont le signe visible de l’œuvre de Rédemption est la présence dans le monde du Ressuscité ;

_ le rythme de battement régulier des cordes pour la marche des pèlerins d’Emmaüs qui ne Le reconnaissent pas !

_ le retentissement à pleine voix des cors pour la salutation « Willkommen Heiland » ;

_ l’éclat des trompettes pour l’affirmation du Règne du Seigneur, Fils du Tout-Puissant ;

_ la majesté de l’ouverture à la française pour annoncer l’entrée triomphale du Christ ressuscité en son Royaume en ordonnant aux Portes de Dieu de s’ouvrir !

 Une telle déclamation instrumentale du texte est trop précieuse pour passer à côté d’un chef-d’œuvre comme on en trouve trop rarement. La seule et magnifique version chez Capriccio du dynamique orchestre allemand « Das kleine Konzert » sous la baguette d’Hermann Max est disponible sur internet.