Un mois – Un disque

 

Après la Pentecôte …

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                … vient le temps où la Sainte Eglise, en ayant achevé de parcourir la carrière du Christ, depuis l’annonce de Sa venue jusqu’à l’"envoi" de Son Esprit, nous unit à sa prière et nous rappelle sa doctrine afin de développer en nous la substance même de notre vie de baptisés. Et dès le début de cette longue période consacrée à l’imprégnation et à la consolidation dans les âmes, de la vie, des exemples et des enseignements de Jésus, par un choix précis et parfois thématique des épîtres et des évangiles, l’Eglise nous donne à prier des oraisons parmi les plus belles de l’année, tant par leur richesse doctrinale que par la perfection de l’énoncé, et à entonner des chants dont l’élévation et la justesse du langage fort et simple des psaumes expriment les grands sentiments qui animent l’âme chrétienne : l’appel confiant, l’assurance et la joie d’être exaucée, l’amour des commandements et le bonheur de vivre dans la nouvelle Loi. Or il s’agit bien de chants et non de récits. L’Eglise ne s’y est point trompée quand la musique est venue soutenir la déclamation des prières et commenter les parties silencieuses de l’office liturgique. « La Musique ne doit servir qu’à élever l’esprit à Dieu, en touchant le cœur de ces mouvements vifs et tendres que la Religion inspire. Il n’est guère de moyen plus capable de produire cet effet que d’animer par de beaux Chants les Paroles de l’Ecriture, qui sont si propres par elles-mêmes à remuer l’âme et à l’embraser… »

 

 

 

  Résurrection … et Ascension de Jésus

 

            Voici les deux évènements majeurs de notre Histoire du Salut réunis ici en une seule narration, libre adaptation poétique des textes bibliques en une longue cantate, mise en musique en avril 1760 pour les notables protestants de la ville libre de Hambourg par le compositeur officiel Georg Philipp Telemann (1681 – 1767).

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Qui est-il, cet exact contemporain de notre célèbre J.S. Bach ? Etrange question, en vérité, si l’on pouvait la poser à quelque amateur de musique de l’une quelconque des contrées d’Europe du Nord en ce milieu du XVIIIème siècle. Il ne manquerait pas de nous rétorquer : « Mais qui est ce Bach que vous tenez pour célèbre ? » En effet, depuis deux siècles et demi d’études musicologiques et de partis pris dans la critique historiographique des œuvres et des techniques musicales, on a élevé celui-ci au pinacle et relégué celui-là dans l’antichambre de l’oubli. Pourtant, voici ce qui est écrit dans l’almanach "Nouvelles continuées de l’état des sciences et des arts dans les pays et territoires du Roi du Danemark" en mars 1757 : « Le chant est incontestablement la partie la plus noble et la plus importante de la musique, et il faut surtout louer les compositeurs qui ont créé de grandes choses dans ce domaine. En attribuant au grand Telemann la première place parmi tous, nous parlons en lieu et place de tous les vrais connaisseurs. Quelle ardeur, quel esprit et quelle force règnent dans ses écrits, quelle expressivité des mots, des phrases, des pensées et des choses ! Alors que bien d’autres compositeurs ne font qu’amuser l’oreille, ses musiques pénètrent plus profondément et émeuvent également l’âme ; elles plaisent mieux aux hommes de goût car Telemann allie le véritable génie musical à l’intelligence réfléchie du savant ».

 

Passio Domini

 

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Nouveau CD de chant grégorien de l’Institut du Christ Roi

     Les séminaristes de l'Institut du Christ Roi Souverain Prêtre ont enregistré en mai dernier leur cinquième CD de chant grégorien, qui vient tout juste de paraître.
Au programme : deux Messes et deux kyriale : la
Messe votive de la Passion au Temps Pascal et la Messe de la fête du Très Précieux Sang avec les Kyriale V et XV ainsi que le Gloria Ambrosien et l'hymne Salve Crux Sancta. À écouter absolument pendant le Carême et le Temps Pascal !

Pour vous procurer ce CD, écrire à:

Séminaire Saint-Philippe-Néri

Villa Martelli - Via di Gricigliano, 52

I-50065 SIECI (FI) - Italie

info @ icrsp.org

Pour nous aider : l'offrande conseillée (port compris) pour un CD est de 15 €.

Versement possible :

-par chèque à l'ordre des Amis de l'ICRSP

-par don en ligne en précisant que vous souhaitez recevoir notre dernier CD.

 

Ou attendre la vente des séminaristes en avril à la Chapelle.

 

 

 

Esto mihi in Deum protectorem …

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            Expression d‘une foi inébranlable et d’une confiance totale au milieu des tribulations, que cette prière contre les persécuteurs (psaume 71) ; premiers mots aussi de la messe de Quinquagésime qui précède immédiatement le temps de Carême. Et c’est précisément pour ce dimanche "Estomihi" que Johann Sebastian Bach (1685 - † 1750) composa les quatre cantates maintenant présentées ; musique religieuse, pour nous catholiques, pleine de motifs de méditation. 
 

Or deux d’entre ces œuvres sont non des moindres puisqu’elles furent écrites pour la candidature à l’obtention du poste de chef de chœur de l’église Saint-Thomas à Leipzig (Saxe) et qu’elles assurèrent au compositeur le succès escompté et le sommet de sa carrière : après leur première présentation simultanée le 7 février 1723, ces cantates BWV 22 & 23 furent à nouveau données l’année suivante, le 20 févier 1724. Mais la musique étant proscrite en cette ville durant tout le Carême, Bach soigna donc particulièrement l’instrumentation et la distribution vocale de ses œuvres de Quinquagésime, autant pour ces deux premières compositions que pour les cantates BWV 127 du 11 février 1725 et BWV 159 du 27 février 1729.

 

 

 

Noël à Saint-Marc de Venise


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                En 1725 à Augsbourg, parut un texte, en dédicace de l’édition d’un cycle de neuf messes solennelles, qui dut passer quelque peu inaperçu tant l’auteur, un moine "compositeur" de l’abbaye bénédictine de Banz en Bavière, était encore méconnu dans ce milieu plutôt mondain de la musique (mais que je ne manquerai pas de vous faire connaître prochainement). Humble offrande d’une œuvre ignorée, et pourtant pleine de vérité et d’audace aussi quand le religieux y désire, avec une ferme espérance : « que Dieu lui-même éprouve de la joie à emplir le ciel de cette harmonie angélique, et qu’il fasse garder le parvis des cieux afin que l’accès à la Sainte Montagne et à ses demeures ne soit permis qu’à celui qui aime la musique ».

Aimons la musique donc, surtout en ce temps où elle résonne de ses accents joyeux et majestueux pour ce Dieu qui fait descendre les cieux sur la terre, pour ce Seigneur qui étend son royaume jusque dans nos cœurs, pour ce Père qui nous donne son Fils en cette nuit de Noël.

Et quelle musique que celle qui emplit la basilique Saint-Marc de Venise lors de la messe de minuit de l’an 1767 ! Baldassare Galuppi (1706 - † 1785), l’enfant du pays, y était alors maestro di cappella et fut en charge, d’après la coutume minutieuse et particulière en vigueur dans cette église palatine du doge, de composer le Gloria et le Credo, laissant aux bons soins du premier organiste la composition du Kyrie ; le Sanctus et l’Agnus Dei étaient idéalement remplacés par un motet et une pièce instrumentale selon le même usage traditionnel, tandis que le propre de la messe était encore psalmodié en plain-chant du rite patriarcal comme accordé en 1596 par un privilège spécial à la seule cappella ducale de Saint-Marc. Sur notre disque, si malheureusement il manque le propre de la liturgie qui nous aurait initiés à ce rite unique, le Kyrie est bien de l’organiste Ferdinando Bertoni (1725 - † 1813), bien que ce ne soit sans doute pas celui qui fut joué cette fameuse nuit ; le Sanctus est remplacé par le motet Adeste fideles que le maestro composa sûrement pour une autre occasion ; à l’Agnus Dei est substituée une sinfonia magistrale du chef du chœur et de l’orchestre de la chapelle Gaetano Latilla (1711 - † 1788) ; et un Te Deum de Galuppi conclut notre enregistrement comme il est attesté qu’un tel hymne fut alors entonné à l’issue de la messe de minuit uniquement.

 

 

L’Avent : Attente et Espérance.

 

            Des fils de Bach au génie incontesté, nous connaissons maintenant le plus jeune (cf. l’article du mois dernier), l’héritier le plus "fantasque" si l’on considère le style d’écriture musicale. Découvrons aujourd’hui l’un des aînés, le digne successeur du maître de l’art raffiné du contrepoint. Toute l’œuvre musicale de Carl Philipp Emanuel Bach (1714 – 1788) regorge des savantes élaborations harmoniques apprises du père, empreintes d’audacieux développements propres au génie personnel de ce fils qui contribua magistralement à l’élaboration d’un nouveau style de musique dit "pré-classique". Pourtant, ici, est présentée une œuvre qu’il destina aux « amis de la musique » et non pas aux amateurs et aux connaisseurs (titre de la dédicace de ses sonates pour clavier). Fruit de son inspiration, cette musique condescend à venir toucher l’âme simple et ignorante des subtilités d’un art qu’il avait l’habitude d’adresser aux initiés. C’est une délicate harmonie homophonique qu’aucun artifice ne trouble, qui régit ici le cours de l’œuvre Die Israeliten in der Wüste (Les Israélites dans le désert), oratorio écrit en fin d’année 1768.

             Quoi de plus approprié au temps de l’Avent que d’évoquer l’attente messianique du peuple élu dans sa tribulation au sein de la désolation comme nous entendrons Isaïe déclamer la nôtre par anticipation tout au long de la liturgie qui commence ; que d’évoquer aussi l’espérance apportée par l’annonce prophétique de Moïse, (ici, personnage de l’oratorio) :

Pergolesi per l’estate

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Version que rendent unique l’enregistrement d’œuvres inédites et l’interprétation relevée des ensembles britanniques Choir of New College, Oxford et Academy of Ancient Music sous la baguette d’Edward Higginbottom. Double CD disponible sur internet dès 14,70€.

                Qui peut méconnaître le fameux Stabat Mater de Giovanni-Battista Pergolesi (1710 - † 1736) dont on entend régulièrement des extraits à la radio où l’on nous présente, en "nouveauté", la 65ème interprétation discographique ? Et en vérité, il faut bien admettre que cette œuvre se range légitimement dans le catalogue intemporel du génie musical de l’humanité aux côtés du Requiem de Mozart et du Gloria de Vivaldi. Mais, à trop s’émerveiller du bouquet final d’un feu d’artifices, on en oublie souvent les jets tout aussi éblouissants qui ont précédé. Tel est ce Stabat Mater que notre jeune compositeur écrivit, malade, au lendemain de son 26ème anniversaire, juste avant de mourir. Et depuis, tous ces autres éclats du génie qui l’a habité dès le début de sa vocation musicale sont occultés, délaissés, inconnus.

                Quel dommage en effet de ne point admirer, aussi, les couleurs de l’expressivité mélodique des airs et les différentes textures de la technique fuguée et polyphonique des chœurs, qui font de ses psaumes, hymnes, antiennes et répons, réunis dans ce coffret, de véritables petits tableaux spirituels aussi captivants que peut l’être à jamais son œuvre majeure et testamentaire ! Cette reconstitution intitulée "Marian Vespers" est malheureusement factice puisque l’occasion pour laquelle Pergolesi a composé un répons et deux psaumes pour des Ières Vêpres fut la solennité, instituée à Naples le 31 décembre 1732 pour la première fois et à perpétuité, en l’honneur de Saint Emidius pour qu’il protégeât dorénavant la ville des séismes qui venaient de la ravager.

 

 

Requiem aeternam.

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(Harmonia Mundi, dès 11,00 € sur internet)

Sentence qui fait frémir les vivants ou les agités que nous sommes après une rentrée toute d’effervescence. Sentence toute de tristesse aussi quand nous nous souviendrons de nos défunts ce 2 novembre prochain. Sentence néanmoins de paix et même de joie, joie de la jouissance promise du séjour bienheureux des âmes saintes que nous aurons fêtées la veille, paix que Dieu donne "aux hommes de bonne volonté" – ceux qui se reposent en vérité, en toute confiance, avec dévouement et amour en Lui seul. Quelle douce consolation alors quand la liturgie de ce jour de mémoire est rehaussée d’une musique sacrée qui exprime pleinement, à la fois la crainte de l’humble pénitent et l’espérance du co-héritier du Christ.

Aujourd’hui, évidemment, faute de moyens instrumentaux ou choraux, nous n’entendons plus en nos églises ces harmonies propres à soutenir la prière de l’Eglise, hormis le plain-chant,  la polyphonie a cappella ou l’orgue, ce qui est déjà beaucoup. Pourtant, la modernité des moyens de diffusion des œuvres orchestrales nous permet maintenant d’accéder à un fonds musical toujours plus vaste et diversifié. Reste alors à y puiser les chefs-d’œuvre véritablement chrétiens dans le sens qui vient d’être souligné et de se laisser "élever" par une écoute attentive des mots dont la signification est magnifiée, dont la portée est sublimée. Et c’est ce qui vous est proposé maintenant.

Missa Sanctissimae Trinitatis

   alt Tel le sommet des temps liturgiques de Pâques et de la Pentecôte qui ont honoré les manifestations glorieuses du Fils et du Saint Esprit, la fête de la Sainte Trinité célèbre Dieu trois fois saint dans ce mystère insaisissable des Trois Personnes qui ne font qu’Un. Si la seule vision béatifique de la Divinité nous en donnera toute la réalité, il est pourtant un moyen dont on dispose ici-bas qui nous aide à entrevoir la Vérité : la musique sacrée. En effet, sa fonction première est de Lui porter la prière liturgique de l’Eglise tout en rendant compréhensibles au fidèle les mystères de la foi catholique. Quand les mots du texte s’adressent à l’intelligence de l’esprit, les "paroles" de la musique touchent directement l’intelligence du cœur. Augmenter l’assimilation du signifié de la prière en multipliant les signifiants adressés à la capacité sensible de notre être, et surtout magnifier par la triple essence mélodique, harmonique et rythmique de la musique fondamentalement belle l’hommage, la supplique et l’action de grâces légitimement adressés à l’Unique et Trine, voilà ce que réussit brillamment un autre maître méconnu de l’ère baroque...
Fêtes de l’Ascension, de Pentecôte…

alt    … et de la Trinité (3 juin). Toute une série de grandes fêtes liturgiques vient clore le temps pascal, ce temps de présence parmi nous du Christ ressuscité, de retour auprès du Père de Notre Seigneur Jésus, de l’attente du Paraclet promis puis de la venue de l’Esprit-Saint consolateur, pour aboutir à la célébration du Dieu Unique révélé aux hommes en ses trois Personnes. Le Père a envoyé son Fils et nous l’a fait connaître par amour pour nous, le Fils s’est offert en sacrifice à son Père et est revenu siéger à sa droite par amour pour nous, l’Esprit-Saint a procédé du Père et du Fils et est descendu nous combler de son amour pour nous. Que de mystères et de motifs à faire grandir la Foi ! Que d’évènements et de raisons à nourrir l’Espérance ! Que de preuves et de sollicitations à vivre de cet Amour ! Et que d’inspirations à célébrer la Joie de l’Eglise par la musique ! ...
 Pâques

 alt  Victoire définitive du Christ ressuscité sur le prince de ce monde, victoire éternelle de la Vie sur la mort, victoire de la grâce sur le péché. La gloire de Dieu resplendit sur notre vallée de larmes, les accents de la joie étouffent les lamentations de l’angoisse, la musique éclatante du salut retentit partout.
Bien sûr aujourd’hui, le bruit ambiant des pauvres rythmes dits musicaux que ne cessent de diffuser la radio, la télévision, nos ordinateurs ou nos lecteurs MP3, couvre au centuple le silence propice à la méditation que la liturgie de l’Eglise suscite au temps de carême ;
Temps du Carême.

Paltar définition, le temps de pénitence de l’Eglise n’est pas le temps le plus propice à la composition musicale. Seule la Semaine Sainte était l’occasion pour les compositeurs de faire montre de tous leurs talents pour édifier les fidèles dans la contemplation des mystères de la Passion du Christ. Déjà la Semaine Sainte ! ...
Temps de la Septuagésime.

alt Le mois de février 2012 est tout occupé de ce temps qui prélude au Carême et qui en annonce l’austérité et le caractère pénitentiel. Alors que le jeûne ne sera obligé qu’au mercredi des Cendres, les ornements violets s’imposent déjà bien souvent et les chants de joie sont supprimés.
Pourtant cette année...
Temps de Noël

altAvec l’Epiphanie et les dimanches qui suivent et se dénombrent d’après cette fête, c’est le temps de Noël qui est prolongé durant le mois de janvier. Réjouissons encore nos cœurs avec la musique écrite exclusivement pour ce doux mystère du Dieu grand fait petit homme. Déjà sur le disque du mois précédent nous entendions quelques-uns de ces Noëls qui résonnent toujours dans nos églises sans qu’on s’en puisse lasser.
 
Embellir et varier ces mélodies ...

Temps de l'Avent

altLe temps de l’Avent ne fait que débuter et l’on passe déjà à Noël ! Il faut attendre encore un bon mois cet instant de grande joie : c’est cette attente qui est l’essence même de l’Avent ; ayons à cœur de le vivre plus intensément dans l’espérance...

Mémoire des défunts

altCommencerions-nous donc notre rubrique consacrée à la musique sacrée et religieuse par un temps de tristesse et de regret ? La musique présentée ce mois-ci ne va-t-elle être qu’empreinte de mélancolie ? Rassurez-vous